Ateliers 2015-2017 : Requalifier par le paysage les territoires
Découvrez la session nationale 2015 des Ateliers des Territoires, engageant cinq territoires français dans une démarche de transformation paysagère pour requalifier leur cadre de vie.
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Une session dédiée à la valorisation des territoires par l'approche paysagère
Présentation des objectifs de la session
Cette 8ème session nationale d’Atelier des territoires s’inscrit dans le cadre du plan annoncé par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (MEEM), en septembre 2014, sur la "Reconquête des paysages". L’objectif de la démarche consiste à renouveler l’action publique afin que les différents paysages soient mieux pris en compte dans les projets de développement et d'aménagement. Il s’agit de révéler les valeurs qui leur sont attachées, ainsi que les dynamiques et les pressions qui les modifient. Cette session porte en particulier sur l’axe 2 du plan d’action, à savoir soutenir des "chantiers-laboratoires" de restauration paysagère et de requalification de territoires périurbains dégradés.
Les sites lauréats
- Région Auvergne-Rhône-Alpes Bassin Annonay – Davézieux (Ardèche)
Équipe pluridisciplinaire : agence Caudex paysagistes accompagné de Germe&JAM et de l’agence Alphaville - Région Bretagne Agglomération de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor)
Équipe pluridisciplinaire : agence Taktyk paysage et urbanisme accompagnée de l’agence Alphavilleet de Soberco Environnement - Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées Entrée Nord de Perpignan (Pyrénées-Orientales)
Équipe pluridisciplinaire : agence d’architecture Obras accompagnée de l’agence Avril à Mai, CG Conseil, Cushman and Wakefield, Mageo & associés, CEREG Ingenierie et Coline Perrin, géographe chercheure à l’INRA - Région d’outre mer – Martinique Agglomération de Fort-de-France (Martinique)
Équipe pluridisciplinaire : agence Folléa Gautier, avec Serge Domi sociologue, Mylenn Zobda-Zebina anthropologue et Gustavo Torres architecte. - Région Provence-Alpes-Côte d’Azur Avignon Sud (Vaucluse)
Équipe pluridisciplinaire : Agence Devillers et Associés accompagnée de RES-PUBLICA et CONFLUENCE
Les territoires accompagnés
Avignon Sud, Vaucluse
Une approche paysagère pour réduire des dysfonctionnements urbains et donner de la valeur au territoire
Territoire : Communes d’Avignon, Caumont sur Durance, Entraigues sur la Sorgue, Jonquerettes, Le Pontet, Les Angles, Morières lès Avignon, Rochefort du Gard, Saint Saturnin lès Avignon, Saze, Vedène, lez Avignon, Pujaut, Sauveterre ; Communauté d'agglomération du Grand Avignon.
Problématique et enjeux
Les quartiers sud d’Avignon sont constitués d'entités territoriales segmentées par de nombreuses ruptures physiques. Ponctués d’espaces délaissés et de friches agricoles, ces quartiers comportent des entrées de ville peu qualitatives. Les quartiers sud n’ont jamais fait l’objet de démarche de planification d’ensemble. Il s’agit de travailler à l'émergence d'une identité capable de redonner de la valeur à ce territoire marqué par l'absence historique d'approche globale, en considérant le paysage comme l’élément transversal porteur de valeurs communes.
Objectifs de l’atelier
- Développer un projet urbain d’ensemble en s’appuyant sur les espaces agricoles et naturels ;
- Réinterroger les projets et s’affranchir des logiques de périmètres en investissant la question du paysage ;
- Revisiter la mobilité : réduire les dysfonctionnements urbains, apaiser l’espace public, intégrer la question des paysages après pétrole (PAP) comme accélérateur et levier du renouveau urbain ;
- Impliquer tous les acteurs locaux, notamment les habitants.
Capitalisation locale
Perpignan Nord, Pyrénées-Orientales
Comment requalifier par le paysage la porte d’entrée nord de l'agglomération de Perpignan ?
Territoire : Communes de Claira, Pia, Saint-Hippolyte, Rivesaltes, Saint-Laurent-de-la-Salanque, Le Barcarès, Perpignan ; Communauté de Communes Salanque Méditerranée ; communauté Urbaine Perpignan Méditerrannée.
Problématique et enjeux
La proximité du secteur avec l’agglomération de Perpignan qui connaît une explosion démographique, et son positionnement sur un axe stratégique reliant le Nord de l’Europe à la péninsule ibérique ont fait de la plaine viticole un espace convoité, propice à l’implantation - souvent non coordonnée - d’acteurs économiques. L’Atelier vise à accompagner cette dynamique territoriale pour y introduire les enjeux du développement durable et plus particulièrement des objectifs de qualité paysagère, d’espace public et de développement de mobilités alternatives à la voiture.
Objectifs de l’atelier
- Accompagner et fédérer les collectivités autour d’un projet concerté de reconquête spatiale avec le paysage comme fil conducteur du réinvestissement économique, écologique, social et culturel ;
- Engager une réflexion supra communale sur ce secteur de frange, à la fois institutionnelle et géographique, afin de sortir d’une urbanisation au fil des opportunités ;
- Inscrire le site dans sa dimension régionale en élargissant le regard, expliciter ses complémentarités avec les ressources du Roussillon ;
- À partir de la question du paysage, amorcer des discussions sur l’urbanisme commercial de demain ;
- Tirer parti des richesses des lieux en réfléchissant sur leurs usages multiples et leurs différentes ambiances paysagères ;
- Penser les liens entre les infrastructures majeures (A9, RD900, RD83, RD12 et échangeurs) avec la trame territoriale de proximité constituée par les bourgs proches afin d’en interroger les extensions périurbaines.
Annonay, Ardèche
Comment structurer par le paysage les multiples centralités et les limites du bassin d'Annonay ?
Territoire : Communes d’Annonay, Boulieu-lès-Annonay, Davézieux, Monestier, Roiffieux, Saint-Clair Saint-Cyr, Saint-Julien-Vocance, Saint-Marcel-lès-Annonay, Saint-Marcelons, Savas,Talencieux, Thorrenc, Vanosc, Vernosc-lès-Annonay, Villevocance, Vocance ; Agglomération du bassin d’Annonay
Problématique et enjeux
Territoire de liaison entre le massif du Pilat et la vallée du Rhône, cet ancien bassin de ville industrielle à la campagne voit aujourd’hui son attractivité économique, commerciale et résidentielle décroître au profit d’une périphérie rurale. Pour enrayer ces difficultés, il s'agit de repenser les relations du centre à ses limites et de proposer un véritable projet agricole, paysager et naturel. Pour donner corps à ces ambitions, des secteurs stratégiques ont été ciblés et traités durant l’atelier.
Objectifs de l’atelier
- Renforcer le sentiment d'appartenance au bassin d'Annonay avec une dialectique qui n’oppose pas le centre à ses périphéries. Deux objectifs sont visés : « Concentrer pour mieux rayonner » pour le centre et « Contenir pour intensifier » pour les périphéries.
- Consolider le centre d’Annonay pour établir un repère pour les limites tout en reconnaissant la réalité d’une ville étendue et vécue : ville habitée, ville équipée, ville des modes actifs, etc…
- Proposer un véritable projet coordonné à l’échelle du bassin pour l'espace agricole, forestier et naturel ; cela nécessite d’appréhender son fonctionnement et le rôle qu'il peut jouer sur la valorisation du territoire, sur le traitement des limites de ce territoire.
Fort de France et le Lamentin, Martinique
Du territoire morcelé à la stratégie de développement partagée
Territoire : Communes de Fort-de-France, Le Lamentin ; Agglomération du Centre de la Martinique
Problématique et enjeux
Comment accompagner des dynamiques nouvelles pour favoriser un développement identitaire et le respect du cadre de vie ? Entre mer et montagne, au cœur de la région Caraïbes, l’agglomération de Fort-de-France jouit d’une situation exceptionnelle. Pourtant, ce territoire est en perte d’attractivité. Les procédures d'aménagement portent les prémices d’un renouvellement urbain à structurer autour des atouts du territoire. L’Atelier interroge les enjeux du paysage de cette continuité urbaine littorale afin de donner une cohérence à l’ensemble des actions.
Objectifs de l’atelier
- Affirmer l’attractivité de la ville capitale de Fort-de-France et renforcer son positionnement en tant que porte d’entrée du territoire martiniquais ;
- Constituer des cohérences Est-Ouest et Nord-Sud à travers une trame paysagère structurante (mise en réseau d'espaces agricoles, bois, rivières, espaces inondables...). Ce réseau support vise à intégrer les circulations douces, les points de franchissement des infrastructures pour garantir une plus grande accessibilité des espaces aux habitants ;
- Identifier les éléments de valorisation et de projets : micro-centralités, patrimoine de proximité, lieux de mémoire…
- Initier une réflexion autour de l’urbanisation linéaire le long des infrastructures. L’urbanisation au coup par coup brouille l’identité des villes et provoque une prédation des espaces agricoles et naturels ;
- Associer la société civile à la définition de leur cadre de vie, en particulier formuler des objectifs partagés de qualités paysagères ;
- Enrichir et accompagner les réflexions stratégiques notamment sur la qualité des aménagements des entrées de ville et l’intégration des trames vertes et bleues dans le territoire de l’agglomération.
Saint Brieuc, Côtes-d'Armor
Comment construire des paysages de qualité pour le territoire de l’agglomération de Saint Brieuc en s’appuyant sur le projet de rocade ?
Territoire : Communes de Saint Brieuc, Hillion, Méaugon, Langueux, Plédran, Plérin, Ploufragan, Pordic, Saint-Donan, Saint-Julien, Trégueux, Trémuson, Yffiniac ; Agglomération de Saint Brieuc
Problématique et enjeux
Les projets de rocade et la LGV Bretagne dès 2017 provoque de profonds changements sur le territoire de Saint-Brieuc. Si l'enjeu de concevoir un véritable projet urbain autour de la gare est bien perçu localement, il n'en est pas de même de la rocade. L’Atelier des territoires vise à interroger ces paysages de franges périurbaines appelés à devenir des «vitrines» urbaines, les conditions de leur requalification et, à travers ces paysages, le mode de développement de l’agglomération.
Objectifs de l’atelier
- Construire une vision partagée autour du projet de rocade, nouvelle porte urbaine et poser les prémices d'une gouvernance ;
- Dépasser les visions communales et les approches thématiques pour déterminer une vision stratégique et transversale ;
- Fédérer dans un projet de territoire les différentes démarches en cours sur la ville centre de Saint-Brieuc et sur l’agglomération, avec le paysage comme fil conducteur : le paysage comme ressource, le paysage comme maillage ou encore le paysage comme structure ;
- Développer une vision prospective du territoire, en combinant une approche locale (échelle de l’agglomération) et une approche globale (échelle de la région Bretagne).
Retour en image sur l'Atelier de Saint-Brieuc
Capitalisation nationale
Parution de l'ouvrage L’horizon des lieux
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| Le travail de capitalisation de la Session nationale a fait l'objet d'un ouvrage éditée aux éditions Parenthèses : L'horizon des lieux, sous la direction d'Isabel Diaz et Emilie Fleury-Jägerschmidt. |
De la requalification du territoire d'Annonay à partir de ses "pièces" vertes, en passant par l'aménagement de l'agglomération de Fort-de-France à partir de la rivière Madame, les cinq sites lauréats de cette session nationale ont fait l'objet d'études de terrain qui sont relatées dans cet ouvrage. Il illustre le travail des paysagistes et architectes, services de l’État et élus locaux qui discutent concrètement du destin de ces territoires variés, réinventent l’aménagement à travers le filtre du paysage et de ses unités visuelles et vécues, et font émerger des projets novateurs.
Consulter un extrait de l'ouvrage
Paroles d'acteurs, les enseignements tirés des Ateliers
L'Atelier des territoires a réuni 5 collectivités françaises pour repenser leur aménagement à travers le prisme du paysage, considéré comme bien commun face aux enjeux climatiques et environnementaux. Cette démarche collaborative avec 150 participants a permis de formuler 6 enseignements sur la requalification paysagère des territoires.
Transcription de la vidéo : AdT Session nationale 2015-2017 - Les enseignements du séminaire national
Ce que nous a montré l'atelier, c'est qu'il serait illusoire de penser pouvoir faire par le paysage et par n'importe quelle autre démarche, un projet de territoire, si on n'entre pas aussi dans la complexité du paysage humain de cette ville. Le fait d'avoir pu travailler sur trois zooms démonstrateurs qui ont permis d'interroger une double échelle entre une petite échelle concrète qui parlait aux élus et une échelle du grand territoire, retranscrire ça dans le grand territoire et donc vraiment pouvoir alimenter la démarche à travers cet aller-retour entre les deux échelles. En fait, de prendre conscience à travers ça, de ce que le paysage est la résultante, de ce que l'homme exprime à travers le temps. Et par conséquent, à travers ce vécu de l'homme, il y a pu avoir des erreurs, mais que les témoignages des générations précédentes, c'est déjà des pistes de correction possibles. Il y a vraiment un enjeu de redécouverte du territoire via la marche, parce que via la marche aussi, on va s'arrêter et discuter, on va aller à la rencontre des habitants. Et je pense que ça, c'est ce qui m'a marquée et qui me paraît intéressant. Il est clair que, de toute façon, il y a une seule chose qui émerge de tout ça, c'est les rapports humains. C'est la rencontre entre une équipe à la DTTM, des élus locaux, une équipe aussi à Paris qui pilote ses ateliers de territoire. Ce qui est intéressant, c'est que la démarche paysagère, finalement, n'est pas une recette. Ce n'est pas une recette, ça ne peut pas être une recette, c'est une démarche de projet. Ça fait longtemps que je considère que l'aménagement du territoire doit passer d'abord par des approches paysagères, des approches environnementales et paysagères. Pour moi, c'est un peu la même chose. D'ailleurs, on devrait pouvoir les croiser beaucoup plus facilement. De ce que je retiens, c'est que nous avons entendu, de la part des élus notamment, de dire qu'au fond, le paysage devient un outil qui leur semble essentiel à la conception de l'aménagement du territoire, comme un préalable presque, avant toute planification. À la fois une reconnaissance des qualités paysagères, mais aussi à la mise en place de perspectives de projets liés au paysage, notamment qui vont s'orienter sur un plan de paysage. Donc c'est la continuité de la démarche qui vient s'ancrer dans le territoire. C'est de savoir lire et relire une histoire, une géographie, une culture, une identité et des gens qui s'approprient les lieux de manière sage. Et comment faire projet à partir justement de ces usages, en remettant les habitants, notamment les habitants des quartiers, et leur sagesse populaire au service du projet ? Au-delà de l'année de la fabrication et du travail qui est fait par les ateliers, permettra, je pense, en tout cas de faire vivre et de continuer à prolonger sur le terrain cette culture au niveau du paysage que le ministère met en place pour une politique de paysage dans les territoires. Je pense que ça a engendré une nouvelle façon de travailler ensemble. On s'est rendu compte sur ce territoire de toute la richesse des compétences qu'on avait quand on travaillait ensemble. On est en train de réfléchir à une forme un peu nouvelle d'agence territoriale et que ça puisse se traduire ensuite très concrètement sur des démarches de type projet de territoire, de type plan local d'urbanisme intercommunal. Comment réinstaller le projet dans la planification ? Oublier cette scission, enfin ne plus pratiquer cette scission initiale entre planification et projet et mettre plutôt le projet d'abord. Si on dit attention à ne pas résumer le paysage aux seules limites, il ne faut pas simplement paysager ou considérer simplement que ces franges sont le paysage en oubliant l'ensemble du territoire. Il faut irriguer, il faut que le paysage soit traversant, structure l'ensemble du territoire et pas simplement les franges.