Quand les Plan locaux d’urbanisme deviennent un outil pour gérer les eaux pluviales en ville
Modifié le 4 mars 2026
Publié le 4 mars 2026
Face aux inondations urbaines et à la raréfaction des ressources en eau, les collectivités doivent repenser leur gestion des eaux pluviales. Les solutions fondées sur la nature offrent une alternative aux réseaux d’assainissement saturés, mais leur déploiement dépend largement des règles fixées par les PLU(i). Ce sont sur ces questions que s'est penchée Saray Chavez dans sa thèse, qui a reçu un Prix Spécial en 2025 dans le cadre du Prix de Thèse sur la Ville, organisé par le PUCA et l'APERAU.
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La gestion des eaux pluviales : un enjeu central pour l’adaptation des villes au changement climatique
La thèse de Saray Chavez, intitulée Quand les PLU(i) régulent la pluie : évaluation du potentiel des Plans Locaux d’Urbanisme pour intégrer la gestion des eaux pluviales à la source, part d’un constat simple : les modèles traditionnels d’assainissement, fondés sur l’imperméabilisation des sols et l’évacuation rapide des eaux pluviales vers des infrastructures centralisées, montrent aujourd’hui leurs limites. Ces systèmes perturbent le cycle naturel de l’eau et exposent les territoires à des risques accrus d’inondations, surtout face à l’intensification des épisodes pluvieux liée au dérèglement climatique.
Les solutions fondées sur la nature, comme les jardins de pluie, les noues végétalisées ou les toitures végétales constituent des solutions alternatives pour gérer les eaux pluviales directement à leur source, c’est-à-dire là où elles tombent. Cependant, leur déploiement dépend largement des règles fixées par les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) ou intercommunaux (PLUi), qui encadrent les modalités de construction et d’aménagement sur un territoire.
Le problème identifié par Saray Chavez est que les collectivités élaborent ces règles sans toujours pouvoir en anticiper les effets concrets sur le terrain, faute de méthode d’évaluation adaptée. Sa thèse propose de combler ce vide en développant un outil permettant d’analyser, avant même l’adoption des PLU(i), leur potentiel à faciliter ou, au contraire, à entraver la mise en œuvre de solutions de gestion des eaux pluviales à la source.
Une thèse qui s’appuie sur le cas de Nantes Métropole pour proposer un outil d’évaluation ex ante des règles d’urbanisme
Pour ce faire, elle a étudié le cas du Plan Local d’Urbanisme métropolitain (PLUm) de Nantes Métropole. Sa méthode repose sur une analyse fine des règles d’urbanisme et leur confrontation avec les exigences techniques de 23 solutions différentes de gestion des eaux pluviales.
Cette évaluation a été complétée par des ateliers avec des professionnels de l’urbanisme et des techniciens locaux, ainsi que par une modélisation cartographique utilisant un Système d’Information Géographique (SIG). Cela a permis de visualiser les zones où ces solutions sont facilitées ou, au contraire, rendues difficiles par le cadre réglementaire en vigueur.
Il ressort de ce travail la création de l’Indice potentiel d’implantation qui permet de produire une évaluation globale spatialisée du territoire pour les solutions fondées sur la nature. Cet outil, qui n’existe pas à ce jour, est une solution très opérationnelle pour tester la capacité réglementaire d’un secteur du PLU(i) à mettre en œuvre une solution particulière en fonction de ses caractéristiques techniques d’implantation.
Au-delà de cette analyse technique, la thèse souligne que les PLU(i) ne sont pas des documents figés. Leur application dépend en réalité de multiples facteurs : les caractéristiques des terrains, les arbitrages politiques locaux, mais aussi la manière dont les acteurs (instructeurs, urbanistes, élus, promoteurs) les interprètent et les mettent en œuvre.
Des données mises à disposition d'autres territoires
L’apport principal de ce travail réside dans la méthode d’évaluation proposée, qui permet aux collectivités d’identifier, en amont, quelles règles facilitent ou freinent la gestion des eaux pluviales à la source.
Les outils développés dans le cadre de cette recherche (catalogue de solutions, tableaux d’analyse et de calcul mobilisables dans un SIG, cartographies issues de l’application au PLUm…) sont mis à disposition en libre accès sur la plateforme Recherche Data Gouv. Ils peuvent ainsi être réutilisés et adaptés par d’autres territoires pour évaluer et optimiser leurs propres PLU(i), en fonction de leurs spécificités locales.
L’indice potentiel d’implantation peut être calculé pour différentes thématiques comme le ZAN et dans d’autres documents d’urbanisme. il peut être utilisé par des services techniques ou des bureaux d’études en charge de l’élaboration de documents d’urbanisme.
Je suis honorée que ma thèse soit reconnue parmi les nombreux travaux de qualité sur la ville produits chaque année. Ce prix valorise un domaine encore peu exploré, celui de l’impact réel des règles d’urbanisme, étudié par une petite constellation d’acteurs. Dans un contexte bouleversé par le changement climatique, il rappelle combien il est urgent d’adapter les politiques locales opérationnelles pour rendre les villes vivables demain. Ce prix est aussi une belle reconnaissance pour l’interdisciplinarité, démontrant qu’il vaut la peine de croiser les regards entre urbanisme, hydrologie et droit.
- Prix de thèse sur la ville PUCA/APERAU 2025 - Livret des lauréats
Pour aller plus loin
- Lire la thèse : Quand les PLU(i) régulent la pluie (Université de Technologie de Compiègne).
- Accéder aux outils : Données et scripts sur Recherche Data Gouv
- Découvrir le prix de thèse sur la ville PUCA/APERAU 2025 : Livret des lauréats, p. 28-45
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