Grand Prix de l'urbanisme 2022, Franck Boutté
Un urbanisme au service des transitions
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Une ingénierie au service de la qualité de vie et de la transition durable
L’engagement de Franck Boutté dans le domaine de l’environnement au service du projet architectural et urbain a permis la construction d’une nouvelle approche de la discipline en la faisant évoluer vers une réflexion à l’échelle d’un écosystème territorial dont le périmètre est sans cesse à repenser. Sa démarche innovante ouvre un chemin pour concilier neutralité carbone, économie des ressources et qualité du cadre de vie. Sa méthode novatrice fournit autant d'outils d'aide à la décision et à la conception intégrant la dimension environnementale en amont des projets, en dissociant trajectoires possibles et souhaitables.
Ainsi, ses travaux sur la ville dense haussmannienne démontrent la résilience de ces formes urbaines face au changement climatique tout en offrant une capacité à s’adapter aux modes de vie contemporains. Le réaménagement du parvis de Notre-Dame de Paris, auquel il a contribué, illustre cette vision grâce à une stratégie coordonnée de désimperméabilisation et de renaturation, créant ainsi un îlot de fraîcheur en plein cœur de la capitale. Face aux défis de sobriété énergétique et foncière, il défend un urbanisme qui préserve le « vivre ensemble » et la justice sociale, en questionnant les dispositifs existants avec mesure et pédagogie. Sa réflexion sur les chartes écologiques, mises en œuvre à Bordeaux, Rennes ou Nantes, ouvre des perspectives pour un urbanisme négocié et contextualisé, où toutes les parties prenantes sont impliquées dans la co-construction d’ambitions. Ses recherches sur les villes du Sud nous invitent à repenser nos modèles pour intégrer le confort d’été autant que celui d’hiver, tandis que sa contribution à la réflexion prospective sur le territoire montpelliérain trace une voie vers une stratégie de résilience globale, du bâti à l’échelle territoriale.
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| L'urbanisme, vecteur de transitions retrace la démarche de Franck Boutté. En alliant rigueur d'une méthode scientifique et adaptation aux contextes territoriaux, il cherche à renforcer la résilience et la sobriété des villes face au réchauffement climatique par :
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Les temps forts de la cérémonie
Table ronde animée par Ariella Masboungi avec Franck Boutté et ses invités : Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH et Stéphanie Jannin, élue à Montpellier.
Table ronde animée par Ariella Masboungi avec Franck Boutté et ses invités : François Gemenne, conseiller du GIEC et Pierre Weltz, Grand Prix de l'urbanisme 2017
Biographie
Ingénieur des ponts et chaussées ayant suivi un cursus d’architecture, Franck Boutté a axé son activité autour des problématiques environnementales, en adoptant une posture singulière de consultant et d’expert auprès des concepteurs, maîtres d’ouvrage et collectivités. Ce parcours, perçu à l’époque comme insolite, démontre aujourd’hui son caractère visionnaire, dans un contexte de crises écologique et énergétique qui nécessite de réinterroger nos pratiques urbaines et nos modèles d’aménagement à l’aune des enjeux environnementaux.
Les personnalités sélectionnées au Grand Prix de l'urbanisme 2022 : Dominique Alba, Nicolas Détrie, Sébastien Marot, Claire Schorter, Simon Teyssou et l'agence TVK
Dominique Alba rejoint la mairie de Paris sous Bertrand Delanoë, puis le Pavillon de l’Arsenal et l'Apur. Son parcours est marqué par une passion pour la donnée cartographiée, qu’elle a exploitée pour analyser les enjeux de la métropole du Grand Paris (énergie, eau, déchets, logistique, nature, citoyens), en rendant ses travaux accessibles à tous. Dès ses débuts, elle s’est intéressée aux grands réseaux techniques, notamment via l’étude des exploitations minières. Engagée dans le Grand Paris, elle a accompagné le nouveau réseau de transport avec une planification inversée, tout en plaidant pour un urbanisme dialogué, intégrant le déjà-là, le temps long et l’accueil de l’autre.
Nicolas Détrie défend une rupture radicale en urbanisme, critiquant les pratiques actuelles qui produisent des villes trop chères et excluantes. Pour lui, le transitoire n’est pas une étape, mais un levier pour fabriquer l’avenir : il offre des espaces de liberté où les usagers deviennent acteurs et inventeurs, comme à Saint-Vincent-de-Paul, où 5 000 m² de commerce durable ont émergé malgré un contexte difficile. Il revendique une approche progressive et frugale, où le collectif se construit par l’usage et l’expérimentation. Son projet est une ville moins chère, fondée sur l’existant, les tiers-lieux en plein air, une économie coopérative et une propriété d’usage. Pour le concrétiser, il propose des outils concrets comme une foncière dédiée pour créer des espaces communs, et un programme public d’accompagnement, transformant son utopie en modèle actionnable.
Sébastien Marot prône un changement de modèle urbanistique, allant jusqu’à suggérer une pause pour permettre à la discipline de se réinventer. Il souligne que l’urbanisme, historiquement centré sur l’extension urbaine, se heurte à une contradiction fondamentale : son développement est à la fois inéluctable et insoutenable, nuisible à l’environnement et au vivant. Pour lui, « le siècle n’est plus à l’extension des villes, mais à l’approfondissement des territoires ». Il inverse la logique traditionnelle en partant du site pour générer le programme, aux répercussions majeures aujourd’hui. Théoricien du « sub-urbanisme », il donne la primauté au paysage, à l’environnement, à l’énergie et à l’agriculture, intégrant ces dimensions dans ses recherches et projets. Actuellement, il prépare un ouvrage pour repenser l’histoire de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme, une réflexion qui transforme aussi son enseignement à l’École d’architecture de la Ville à Marne-la-Vallée.
Claire Schorter a été formée au sein d'agences comme celles de Chemetov et Reichen. Elle revendique l’urbanisme des tracés. Mais son parcours l’a aussi menée vers un urbanisme du sensible, inspiré par des figures comme Patrick Bouchain (îlot Stephenson à Tourcoing) ou Jan Gehl, avec qui elle collabore à Lille. Pour elle, ces deux approches : vision globale et micro-interventions doivent se compléter. Elle introduit ainsi des échelles plus fines, s’inspirant des faubourgs, pour complexifier la forme urbaine, et explore des projets mêlant ville et agriculture, défendant les sols vivants et la sobriété. Claire Schorter veut concilier rigueur du tracé et flexibilité du vivant, pour une ville à la fois structurée et résiliente.
Simon Teyssou réinvente les territoires ruraux et les bourgs en s’appuyant sur une connaissance intime des lieux et des habitants, inspirée par le régionalisme critique. Il transforme des espaces délaissés (routes, granges) en lieux de vie et tiers-lieux, avec une approche sobre, inclusive et environnementale, loin des lotissements standardisés. Malgré des moyens limités, il conçoit des schémas directeurs informels, mêlant usages, écologie et social, et joue un rôle clé en quasi-maîtrise d’ouvrage là où les aménageurs manquent. Pour lui, le ZAN est une chance : une façon de créer de la qualité de vie plutôt qu’une contrainte. Il transmet cette vision à l’École d’architecture de Clermont-Ferrand, où il forme une nouvelle génération à un urbanisme ancré et créatif.
Pierre-Alain Trévelo et Antoine Viger-Kohler transforme les infrastructures en projets vivants, une vision née dès leur diplôme et approfondie depuis. Pour eux, ces structures ne sont pas de simples réseaux, mais des médiateurs essentiels entre société et territoire, capables de muter et de régénérer leur environnement. Leur approche, résumée par « La Terre est une architecture » (exposition à la Biennale de Venise, livre en 2021), se concrétise à Paris (Porte Pouchet, place de la République), en métropole (places du Grand Paris) ou à Bordeaux (quartier Garonne-Eiffel). Ils jouent avec les niveaux et les micro-topographies pour créer des sols vivants et des espaces publics ancrés dans la réalité terrestre, réinventant usages et formes. Leur méthode, scénarisée et adaptable, conçoit des projets en "saisons" autonomes, capables de s’ajuster à l’imprévisible. Une démarche qui redonne sens et résilience aux infrastructures, en faisant des leviers de transition écologique et sociale.