Ateliers 2018-2019 : Faire de l'eau une ressource pour l'aménagement
Découvrez la Sessions 2018-2019, en partenariat avec le réseau des Agences de l'eau, pour repenser la place de l’eau et ses multiples formes dans le projet de territoire.
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Une session qui met en valeur l'eau, une ressource naturelle indispensable dans la conception de nos territoires
Les principaux objectifs et défis de la session
Au cœur des questions de développement, l'eau a toujours constitué un enjeu majeur. Elle est à la fois globale et locale, ressource naturelle, aliment, milieu de vie, paysage, source d’énergie, puissance érosive, événement climatique. Sous tous ses aspects, l’eau a toujours été déterminante pour l’implantation et le développement des villes, des industries, de l’activité agricole, des échanges et pour le fonctionnement des écosystèmes. Territorialisée mais aussi extra-territoriale, elle traverse les territoires, les modèle et les quitte pour transporter ailleurs ses effets. Cette dualité conduit à des tensions entre l’eau « bien commun », universelle et l’eau « territoriale », ressource servante à disposition d’un territoire et de ses usagers. L’eau a donc de tout temps fait l’objet d’attentions, mais aussi de conflits entre individus ou groupes sociaux.
- Amener un changement de perception de l’eau sur les territoires : de l’eau ressource exploitable et servante au service du développement à l’eau catalyseur durable du développement ;
- Sensibiliser et impliquer les élus, leurs techniciens, les décideurs locaux aux enjeux « eau » et biodiversité, pour penser l’eau comme une opportunité et faire émerger des projets ambitieux (renaturation, aménagement de bassin versant,…) ;
- Poser les questions de subsidiarité et de solidarités entre usagers, entre échelles de territoire et construire une gouvernance territoriale durable ;
- Intégrer l’eau dans les projets de territoire, construire des projets de territoire autour de l’eau mais aussi raisonner conjointement les politiques de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la biodiversité et de la prévention des inondations ;
- Développer une culture commune : partager la connaissance des enjeux environnementaux et construire des partenariats nouveaux entre acteurs de l’eau et de l’aménagement ;
- Favoriser la bonne échelle dans l’émergence de maîtrises d’ouvrage qu’elles soient publiques (collectivités territoriales, établissements publics territoriaux de bassin, établissements publics d’aménagement et de gestion des eaux, établissements publics de coopération intercommunale, …) ou bien privées (industriels, entreprises du secteur tertiaires, agriculteurs, associations de riverains…).
Les sites lauréats
Comment, pour assurer une solidarité et complémentarité amont / aval de la ressource en eau, les territoires peuvent-ils construire une nouvelle dynamique par un projet de territoire qui dépasse les limites administratives et celle d’un bassin versant ?
Candidature portée par la DREAL Grand Est et les 3 DDT de Meurthe-et-Moselle, Meuse, et Moselle avec l’Agence de l’eau Rhin-Meuse.
Équipe pluridisciplinaire : AScA (agronomie / eau et mandataire), Complémenterre (Paysage)
Comment un territoire peut-il mobiliser et mettre en synergie acteurs publics et privés autour d’une dynamique de projet réduisant la pression d’usages sur la Moselle dans un objectif de préservation de la ressource et de la qualité paysagère ?
Candidature portée par la DREAL Grand Est, la DDT des Vosges et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse.
Équipe pluridisciplinaire : Caudex (Paysage et espace public) : Clément Bollinger et Simon Lacourt mandataires, Adage (Environnement, eau et développement durable) : Dominique Leguy, Blandine Thiollière et Marielle Ferret, DAC (Concertation et communication) : Gilles Vrain
Comment faire dialoguer des problématiques majeures liées au grand cycle de l’eau (reconquête de la qualité de la ressource en eau potable, préservation et restauration des milieux aquatiques, gestion des risques d’inondation et lutte contre l’érosion et le ruissellement) à l’heure de nouveaux outils juridiques (Gemapi, TRI, SLGRI) et les intégrer à des démarches de développement local et des documents de planification en cours et en projet ?
Candidature portée par la DDT de l’Yonne et l’Agence de l’eau Seine-Normandie.
Équipe pluridisciplinaire : Atelier Georges (mandataire, architecture, urbanisme, paysage), MA-Geo (hydrographie, hydrogéomorphologie, gestion du risque) et Michel Poirot (agro-environnement et agro-économie)
Comment contribuer à l’émergence d’une gouvernance et d’un projet de territoire sur un territoire très rural en tête de bassins versants, riche d’un chevelu hydrographique dense support d’une biodiversité et d’un paysage exceptionnels mais fortement vulnérable face aux effets du changement climatique et aux conflits d’usage effectifs sur la ressource en eau ?
Candidature portée par les services de la DDT de la Lozère et l’Agence de l’eau Adour-Garonne.
Équipe pluridisciplinaire : CAUDEX (Urbanisme et mandataire), Ville Ouverte (Programmation), Burgeap (Déplacements), Blézat Consulting (Urbanisme)
A partir d’une disposition du SDAGE Rhône-Méditerranée qui ambitionne de freiner l’imperméabilisation des sols, comment traiter cette question à l’échelle de la métropole nouvellement constituée, en la liant à d’autres dimensions (renaturation et mise en valeur de cours d’eaux ou de zones humides, amélioration du cadre de vie urbain, etc), en permettant de renforcer le lien entre eau et aménagement, dans l’objectif de renouveler le modèle de la ville perméable en milieu méditerranéen ?
Candidature portée par la DREAL PACA, la DDTM des Bouches-du-Rhône et l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
Équipe pluridisciplinaire : L’agence Thierry Maytraud (ATM) mandataire, spécialisée sur les domaines de l’écologie urbaine en lien avec l’aménagement, et plus particulièrement sur tout ce qui touche à « l’eau dans la ville ». L’agence AScA est un bureau d’étude pour la gestion de l’environnement spécialisé dans la co-production participative et l‘analyse stratégique.
Sur un territoire où l’eau est omniprésente, où les enjeux qui lui sont liés sont extrêmement marqués en raison de la densité du réseau hydrographique, naturel, anthropique et de l’importance des zones humides et du littoral, comment adapter l’existant et construire la ville durable équatoriale guyanaise en réhabilitant l’élément aquatique et en réconciliant acteurs du territoire et habitants avec ce dernier ?
Candidature portée par la DEAL de Guyane et l’Office de l’eau, assistés de l’Agence d’Urbanisme et de Développement de la Guyane (AUDeG).
Équipe pluridisciplinaire : INterland mandataire (Architecte- Urbaniste et mandataire), Urbanwater (Urbanisme et Paysage- Hydraulique), Contrepoint (Sociologie urbaine)
Capitalisation nationale
Rencontre nationale de l'Atelier des territoires, faire de l’eau une ressource pour l'aménagement
Lors d’une rencontre nationale organisée le 20 octobre 2020 à Paris, cinq sites métropolitains et un territoire ultramarin ont partagé leurs expériences après avoir bénéficié d’un accompagnement pluridisciplinaire pour intégrer l’eau dans leurs stratégies d’aménagement. Les ateliers, menés in situ avec des acteurs locaux (collectivités, habitants, agences de l’eau, services de l’État), ont permis de co-construire des solutions concrètes face à des enjeux variés : qualité et quantité de la ressource, solidarité amont-aval, conflits d’usages, imperméabilisation, ou encore adaptation au changement climatique.
Les travaux ont mis en lumière des pistes innovantes pour préserver et valoriser l’eau à différentes échelles (rivières, criques, eaux pluviales, etc.), en la transformant d’un risque ou d’un impensé urbain en une ressource centrale pour l’aménagement. L’accent a été mis sur le ralentissement des flux, la création de systèmes de communs, et l’engagement collectif pour des territoires où l’eau devient un levier de résilience et de vivre-ensemble. La diversité des situations a révélé des liens forts entre eau et espace habité, portés par des logiques partagées entre tous les acteurs impliqués.
Les temps forts de la rencontre
Animée par le journaliste Sylvain Allemand, cette session a exploré les outils innovants (représentations pédagogiques, gouvernances adaptées, modes opératoires) utilisés par les territoires de l’Atelier pour réconcilier eau et aménagement. Ces approches, illustrées par des cartes, des récits et des observations de terrain, permettent de dépasser les clivages urbains/ruraux et de fédérer des acteurs locaux autour d’une gestion collaborative de l’eau.
L’analyse des interactions entre eau et sol (imperméable, poreux, pollué, etc.) a révélé la nécessité de repenser la ville résiliente en intégrant la dynamique naturelle de l’eau. Plutôt que de s’enfermer dans une logique binaire (perméable/imperméable), les projets mis en avant (comme ceux d’Aubagne ou du Grand Auxerrois) montrent comment ralentir l’eau — grâce à des aménagements inspirés de savoir-faire traditionnels (bancaous, restanques) — pour limiter les inondations et créer de nouveaux usages.
Enfin, l’Atelier a permis d’expérimenter des formes d’engagement flexibles, réunissant élus, techniciens, habitants et usagers autour de projets co-construits. Ces démarches transforment la perception du risque en une approche de cohabitation, où l’eau devient un levier pour des territoires plus solidaires et adaptés.
Cette séquence a mis en lumière deux sites emblématiques où l’eau, envisagée à l’échelle des bassins versants, devient un moteur de développement durable :
- En Guyane, les bassins du Mahury et de Cayenne ont servi de cadre à une stratégie systémique pour transformer un territoire fragile. En s’appuyant sur le réseau des criques, l’Atelier a imaginé de nouveaux usages : circularité alimentaire, production d’énergie, mobilités douces, et une cohabitation renouvelée avec le risque. Une approche participative (comme les tables longues) a permis de sensibiliser les habitants à la valeur quotidienne de l’eau (accès, salubrité, patrimoine), tout en réinventant son rôle comme infrastructure vivante (ex. : la Crique Fouillée).
- Dans le Grand Est, le bassin de la Moselle (à Épinal) a inspiré une restoration écologique pour reconnecter villes et nature. Libérer le cours de la rivière a ouvert des perspectives : renaturation des gravières, mobilités fluviales et cyclables, et surtout, la création d’un lien solidaire entre communes autrefois divisées. La Moselle, redevenue "mouvante", est désormais perçue comme une épine dorsale pour des projets communs (ex. : scénarios des 3 sites démonstrateurs).
Ces expériences montrent que l’eau, souvent source de conflits ou de risques, peut devenir un levier de coopération si on en inverse le regard. Qu’il s’agisse de dépasser les clivages (SAGE Rupt de Mad) ou de réinventer des quartiers (comme le QPV d’Épinal), l’eau fédère les acteurs et inspire des solutions durables, à condition d’en faire une ressource partagée, et non plus une contrainte.
L’après-midi a pris la forme d’un temps d’échange collaboratif, conçu pour capitaliser sur les expériences et débats de la matinée. À travers des ateliers tournants organisés en trois "rings" (îlots thématiques), les participants ont exploré, par rotations successives, trois axes clés :
- Les méthodes mobilisées,
- L’implication des acteurs et ses impacts,
- Les questions émergentes encore en suspens.
Animés par Pascal Amphoux, Judith Ferrando et Gilles Vrain, ces tables rondes ont permis à chacun d’apporter sa contribution, tout en s’inspirant des réflexions des groupes précédents. Le format dynamique a favorisé une co-construction collective, mêlant retours d’expérience, connaissances individuelles et imaginaires partagés. L’issue des trois rounds laisse en héritage des mots, des notions, des slogans illustrés, des enchaînements d’idées sous forme de draps. Sont là, de manière sans doute non exhaustive mais critique, les principes clés ou les ingrédients de réussite de la méthode Atelier lorsqu’elle se met au service d’une réconciliation entre eau et aménagement.