Focus photographique sur les territoires productifs
Retour d'expérience sur le Labo photographique de l'Atelier des Territoires déployé à l’occasion de la session nationale 2023-25 « Territoires productifs, sobres et créateurs de valeurs ».
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Dans le prolongement de travaux photographiques d’État qui ont fait date pour documenter les angles morts de nos paysages, le Labo photographique répond notamment au besoin toujours vif d’une production visuelle de qualité de l’aménagement du territoire. En particulier, à l’occasion d’une session nationale portant sur un sujet peu représenté, ce laboratoire est né de la volonté de la DGALN de mieux représenter les territoires productifs pour mieux les penser et les projeter.
Quatre photographes au cœur des territoires
Le Labo photographique coordonné par la DGALN a fait appel à quatre photographes et photojournalistes de la Direction de la communication (DICOM) du pôle ministériel et leur a proposé de travailler sur les six sites de la session nationale : Arnaud Bouissou, sur les Coëvrons et le Pays lédonien ; Ivan Guilbert, sur les Rives du Rhône et le Grand Angoulême ; Manuel Bouquet, dans le Pays de Gévaudan Lozère ; et Damien Valente, sur Grand Calais Terres et Mers.
Aux côtés des DDT(M) et des équipes pluridisciplinaires, ils ont exploré les paysages productifs à travers les différentes manières dont ils sont perçus et vécus par les habitants et actifs ou aussi avec des points de vue nouveaux, à hauteur d'homme comme par drone. Leurs approches rendent visibles la diversité des activités économiques et les questions d'aménagements qu'elles posent : héritages industriels, tensions foncières ou encore les recherches complexes de synergie entre enjeux de production, habitat et écosystèmes. Leurs photographies ont également alimenté les réflexions des ateliers, constitué des outils d'analyses territoriales et fait l'objet d'expositions. Cette démarche abouti à la constitution d'un corpus de plus de 3 000 images désormais en accès libre sur la plateforme Terra.
- Coëvrons (Mayenne)
Sur ce territoire de Mayenne, le bocage d'élevage, remarquable mais en partie mité par l'agrandissement des parcelles, mêle des haies aux multiples essences, arbres têtards, hangars agricoles, laiteries, zones d'activités dynamiques : une économie omniprésente à la recherche de lisibilité, en lien avec la revitalisation de ses centres-bourgs et une recherche d’attractivité et d’amélioration de l’accessibilité pour les actifs. Autant de sujets sur lesquels les photographies multiplient des points de vue stimulants.
- Pays Lédonien (Jura)
Autour de Lons-le-Saunier, entre vignobles et vallées jurassiennes, plasturgie, mécanique et transformation du bois constituent l’activité d’une multiplicité de sites productifs « derrière les sapins », au bord des routes, en ZAE ou en sortie de village. Ce modèle industriel rural et multipolaire est réinterrogé à l’heure du zéro artificialisation nette, de la décarbonation et de l’adaptation au changement climatique en cohérence avec l'identité de la région, présente dans ses savoir-faire comme dans les paysages photographiés.
- Pays Gévaudan (Lozère)
Relevant de l’hyper-ruralité avec d’immenses paysages façonnés par l'agropastoralisme, le territoire révèle une diversité économique visuelle méconnue (élevage et sylviculture, laiterie et production d’aciers, ateliers d'artisanat, ESAT, EHPAD, commerces, fermes solaires, entrepôts de BTP) localisée en ville, dans les bourgs, les ZAE, des bâtiments réhabilités, des quartiers de gare, etc. Ce productif diffus, menacé d'invisibilité et fragilisant le renouvellement démographique, se lit dans la sélection photographique, inséré à la fois dans le grand paysage, sobre en foncier, le long des grands axes, notamment de l’A75 et dans les centralités urbaines.
- Grand Calais Terres et Mers (Pas-de-Calais)
Dans les infrastructures du Port et d'Eurotunnel transitent 30 millions de passagers et 60 millions de tonnes de fret : un paysage de flux, de files de camions, de friches industrielles dont certaines patrimoniales, de plateformes commerciales et de clôtures anti-intrusion à deux pas des falaises des caps et des marais d'Opale. Axant sa mutation sur la transition énergétique, la requalification de son foncier et la décarbonation, le territoire réinvente son image dans la continuité de la transformation de son front de mer et de la valorisation du patrimoine de la dentelle mis en tourisme. Ces quelques photographies en offrent des aperçus.
- Rives du Rhône (Isère, Ardèche)
Côté Isère, le long du fleuve, la ZIP Inspira, aligne ses équipements multimodaux, ses unités de chimie avec leurs cuves, réacteurs, cheminées de traitement, ses centrales et sites de stockage liés au BTP, ses bassins d'orage et de rétention, etc. Le territoire se dessine dans un autre registre en Ardèche avec un patrimoine d’anciens sites manufacturiers (papier, tannerie, mégisserie) au fond de vallées façonnées par les rivières de moyenne montagne, ses zones d’activité dont le développement soulève des enjeux à l'intersection de l'urbanisme, de l'économie et du monde agricole. La transition se joue dans la conciliation des usages, la mise en récit et la prise en compte de l’acceptabilité sociale où la photographie peut offrir un cadre de médiation.
- Grand Angoulême (Charente)
Dans un méandre de la Charente soumis aux crues, le tènement de la poudrerie d'Angoulême (SNPE), fondée en 1819 et aujourd’hui dépolluée, déploie 177 hectares de friche labellisée « Site clé en main France 2030 » entre ripisylves et berges calcaires. Bâtiments hérités, vaste cour d'honneur, rivière et anciens bassins, présence d’un espace naturel sensible (ENS), etc., l’implantation de nouvelles industries dans ce site stratégique en cœur d'agglomération doit composer avec de multiples enjeux que la photographie donne à lire avec un nouveau vocabulaire.
Pour aller plus loin
Cette page s’appuie sur l’article rédigé par Florian Muzard et Clémence Pagès, publié dans le rapport de capitalisation de la session nationale de l’Atelier des Territoires.